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Histoire du Ghetto de Venise

Histoire du Ghetto de Venise

Venise est à la fois une ville occidentale et d’influence orientale. La domination qu’elle a exercé sur ses territoires colonisés a eu pour effet de mêler des populations d’origine différentes.

Des traditions diverses se sont implantées dans la vie sociale et culturelle des Vénitiens, au fil des siècles.

Des Vénitiens d’Origines Diverses
Au temps de sa suprématie commerciale et maritime elle a été choisie comme lieu de résidence par de nombreux négociants, artisans, marins, des Grecs, Dalmates, Allemands, Arméniens, Egyptiens, Turcs, Juifs, qui ont eu plus ou moins dans la ville, leur quartier, leur entrepôt de marchandises, leurs boutiques, leurs échoppes.

De tous ces habitants d’origines diverses, les Juifs ont certainement été les plus tracassés. Les Juifs étaient eux-mêmes regroupés en communautés différentes, venant d’Allemagne, d’Italie, d’Espagne, du Portugal et du Proche-orient, et se montraient hostiles les uns envers les autres.

Dans les premiers siècles de la fondation de Venise, les Juifs n’eurent pas le droit d’être reconnus comme résidents, comme le furent très vite les Dalmates, par exemple.

Leur présence est constatée surtout à compter du 14e siècle. En 1366 la République leur avait donné l’autorisation de s’installer sur l’île et même d’y enterrer leurs morts.

Leur commerce se tenait principalement dans la zone du Rialto et de San Marco. Mais ils habitaient l’île du sud, d’où ce nom donné à cette partie insulaire distincte, la Giudecca.

Le Trésor public de la Sérénissime, étant en difficulté du fait de la guerre contre Gênes, les Juifs avaient obtenu, de par les dispositions d’une « condetta » un statut spécifique qui fixait les conditions financières de leur présence en matière de taxes et de taux d’intérêts.

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Les Juifs étaient simplement présents dans l’activité commerciale, pouvaient se déplacer librement sur le territoire vénitien. Mais les conditions de leur logement étaient contraignantes. Ainsi, les Juifs d’Allemagne et des pays nordiques ne pouvaient être logés qu’à l’entrepôt des Tedeschi sur le Grand Canal et nulle part ailleurs.

Naissance et Essor du Ghetto
En 1508, lors de la guerre soutenue par Venise contre la Ligue de Cambrai liant la France, l’Autriche, l’Aragon et les Etats du Pape, de nombreux Juifs quittent la terre ferme, émigrent vers la cité. La République leur accorde alors un droit de résidence officielle, à condition qu’ils ne se déplacent pas durant la nuit.

L’immigration juive pouvait en effet être considérée par les Vénitiens comme une menace qu’il fallait contrecarrer. Mais Venise en guerre, ne voulait pas négliger l’apport financier d’un flux migratoire assujetti à des taxes importantes.

La solution fut donc de les regrouper impérativement dans la partie nord de la ville, dans le sestiere de Cannaregio.
Les Juifs Ashkenazes furent les premiers à s’installer dans le quartier où se trouvait une fonderie de métaux pour la fabrication des canons, dans le Ghetto Nuovo (Geto, ou Ghetto est le mot vénitien qui signifie fonderie).

Quant aux Juifs Séfarades qui avaient été chassés d’Espagne, à partir de 1492 en conséquence de la reconquête des rois catholiques, qui parlaient une autre langue et ne voulaient pas cohabiter, ils se virent désigner en 1541, une proche partie du nord, le Ghetto Vecchio, où se trouvait une fonderie désaffectée.

Le Ghetto de Venise au 15e Siècle La densité de la population s’éleva très vite, d’autant que la construction de l’église du Rédentore obligea à de nombreuses expropriations dans la Giudecca, conduisant au départ des occupants vers le Ghetto. Ils furent ainsi condamnés à vivre en surnombre dans un quartier insalubre, éloigné des lieux de leur acvité commerciale.

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Les maisons du Ghetto durent être relevées jusqu’à huit ou neuf étages. Elles restèrent peu agréables sans aucun élément d’ornementation architecturale. Les prix des loyers augmentèrent rapidement.

Bien qu’à peu près tolérés par les Vénitiens du fait de cette localisation, au nord de la ville, les Juifs subirent de nombreuses vexations, telles que le port obligatoire d’un costume distinctif, d’un chapeau jaune (puis rouge) et d’un cercle jaune sur la poitrine, le gialdo.

Les murs du Ghetto furent privés de fenêtres qu’on obstrua, sur l’extérieur. Deux portes furent aménagées qui étaient fermées la nuit; on en voit encore les gonds aujourd’hui.

Les médecins juifs étaient très appréciés par les Vénitiens. Leur réputation était si positive que leurs étudiants étaient autorisés à fréquenter l’université de Padoue moyennant des droits d’inscription très élevés.

Les prêteurs expérimentés étaient très consultés pour des affaires de famille. Même leurs écoles de danse étaient réputées, les Vénitiens les fréquentaient.

Au regard de tout cela, l’essor du Ghetto fut rapide. Les ateliers de couture étaient nombreux, ils attiraient les Vénitiennes élégantes qui s’y approvisionnaient en brocarts, soieries, velours.

Les banques assuraient la croissance financière. Les activités s’administraient seules, de l’intérieur.

Les écoles talmudiques, les maisons d’édition, les académies devinrent connues de l’Europe entière. Elles étaient financées par les Juifs les plus fortunés et se multiplièrent.

Les associations innombrables et les riches scuole soutenaient les évènements de la vie privée et de la vie collective, les jeunes mères, les indigents, les malades étaient secourus. Les funérailles étaient organisées à la charge de ces institutions.

Les Juifs ne se sentaient nullement menacés dans leur foi et l’exercice de leurs rites. Les sermons prononcés dans les synagogues étaient écoutés par de nombreux Vénitiens. Cela devint même une mode.

Une Petite République dans la République
Au 16e et 17e siècles le surpeuplement du Ghetto est considérable. De 700 en 1506 les résidents sont devenus 5 000 cent ans après, soit sept fois plus. La place manque. Seules les synagogues sont privilégiées en surface occupée. Elles sont alors au nombre de cinq, à cause de la diversité des origines et des langues, deux sont espagnoles, une levantine, une allemande et une italienne.
Conformément à la volonté des Doges successifs, les Synagogues sont implantées dans les étages des maisons d’habitation, sans aucun signe ni aspect extérieur pour éviter tout prosélytisme. A l’intérieur elles sont rutilantes de somptueuses décorations.

Pendant des siècles le quartier du Ghetto sera opulent, très vivant, ce qu’il n’est plus. Très commerçant doté de boutiques de bijouterie, de fourrures, de banques, il abritera ses communautés dans une sécurité protégée bien que les Ashkenazes et les Séfarades s’opposent à maintes reprises. Venise règle les conflits au mieux de ses propres intérêts.

En 1633, les Juifs peuvent s’installer au Ghetto novissimo, la plus récente fonderie, où ils construisent et aménagent les immeubles les plus cossus et même quelques palais. Dans cette période de prospérité, les dames somptueusement vêtues se déplacent accompagnées de leurs domestiques.

Mais la société vénitienne reste méfiante car les Juifs sont encore considérés comme citoyens de seconde zone. Ils se sont organisés en « petite république dans la République« .

Au 18e siècle le déclin de la puissance de la ville atteignit les Ghettos qui ne furent plus occupés que par des familles modestes.
Lors de l’invasion des troupes révolutionnaires françaises le Général Bonaparte, en 1797, fit brûler les portes pour effacer toute idée de ségrégation et pour rendre à cette partie du peuple vénitien la liberté de se déplacer.

Mais ce n’est qu’à l’unification de l’Italie que les Juifs obtinrent la nationalité italienne de confession judaïque.

A l’avènement du national-socialisme le Ghetto se trouva être une véritable prison où les conditions de la vie quotidienne furent terriblement cruelles.

De nos jours quelques familles vivent encore dans ce qui est devenu un lieu de culture et d’esprit religieux.

La bibliothèque, le musée, la maison de repos fonctionnent normalement dans une activité bien vivante.

Il est très intéressant de visiter le petit musée des objets d’art, et de se rendre à la scuola levantine et à la scuola espagnole qui sont logées dans deux petits palais charmants. De beaux bois précieux, des escaliers de marbre, des stucs dorés contrastent avec leur aspect extérieur.

La Scuola grande Tedesca, des 16e-17e siècles à cinq fenêtres aux arcs jumelés, aux peintures vertes est sur le campiello. Elle est très raffinée, décorée à la feuille d’or et possède des richesses amassées pendant cinq cents ans.

Pour aller au Ghetto il faut emprunter le canal du Cannaregio. Au pont delle Guglie se trouve l’entrée signalée par une petite plaque indiquant les morts de la dernière guerre.

Le cimetière juif est dans l’île du Lido.

Il s’agit du plus vieux Ghetto du monde.

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