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L’Architecture Vénitienne au 18e Siècle

L’Architecture Vénitienne au 18e Siècle

En 1714 en guerre contre les turcs, Venise cède ses dernières positions fortifiées en mer Egée. Une défaite des Turcs en 1716 lui permet cependant de garder Corfou et de conserver le contrôle de la Dalmatie et l’entrée de l’Adriatique.

Au début du siècle la dette publique augmente en dépit de nouvelles majorations fiscales. La France et son ennemie l’Autriche s’affrontent sur les terres vénitiennes. Mais seules, les communautés rurales souffrent de la guerre.

La République continue à se voir comme une Cité-Etat dominatrice des campagnes et autres cités urbaines, dans un rapport quasi colonial qui profite au patriciat vénitien grand propriétaire foncier.

Trente huit pour cent des terres sont cédées à quelques familles nobles par les communes contraintes à des dépenses de guerre.

Le commerce et le trafic maritime subissent un déclin régulier. L’oligarchie sénatoriale conservatrice se heurte à une aristocratie de négoce qui aspire à de nouvelles solutions économiques qui ne seront pas adoptées.

Quelques mesures administratives et sociales seront tout de même mises en place, comme le recencement de la population de la ville qui compte 149.000 habitants en 1760.

La densité moyenne est de 325 habitants au km2 pour l’ensemble des terres de l’Etat et 683 hab/km2 pour la zone urbaine.

En 1732, l’éclairage public est étendu à toute la ville.

Des mesures d’hygiène sont instituées, telles que le contrôle de l’eau des puits publics (1727), le contrôle de l’alimentation et des médicaments (1737), la lutte contre la peste bovine et le contrôle du bétail importé (1727).

La pêche est interdite dans les canaux déclarés suspects de pollution. En 1768, la vaccination anti-variolique (dite alors « variolisation ») est instituée dans les hôpitaux.

De 1744 à 1782, est entreprise la construction des Murazzi. Il s’agit de digues destinées à protéger les cordons littoraux lors des grandes tempêtes, sur une longueur de quatre kilomètres et une largeur de seize mètres.

L’architecture civile change alors de conception. Elle offre des édifices résidentiels populaires ou petits-bourgeois en location car il s’agit de construire le plus grand nombre possible de logements.

Les aménagements dans les maisons patriciennes procurent des petites pièces, des petits salons délicieux à stucs blancs aux fonds de pastel rose, bleu, vert.

C’est la fin de l’époque de la demeure d’apparat aux larges dimensions.

L’église des Jésuites
En début de siècle, le style Baroque règne toujours.

Au nord, vers les Fondamente Nuove, est construite la très belle Eglise des Jésuites, entre 1714 et 1729.

Sa nef cônique est fastueusement décorée en stucs, incrustations de marbre, dorures, sculptures en fausses tapisseries.

Sa façade, attribuée à Fattoretto est à deux ordres couronnés d’un fronton très décoré.

Santa Maria del Rosario
En 1726, l’Ordre des Dominicains fait construire sur le quai des Zattere, au sud, léglise Santa Maria del Rosario, dite des Gesuati d’après le plan de Massari.

Elle est à une seule nef très grande, à chapelles latérales communicantes, au choeur à exèdres latérales.

Le projet de deux cloîtres attenants, également de Massari n’a pas été terminé.

San Stae
Sur le Grand Canal dans le quartier de San Polo, léglise San Stae (Saint Eustache) remaniée en 1678 sur une ancienne construction, est achevée en 1709 par Domenico Rossi. Le plan est à nef unique, voûtée, la façade présente dans son dessin général des éléments néo-classiques d’inspiration palladienne avec quelques survivances baroques dans la décoration du portail, des niches dotées de statues.

San Simeone Piccolo
Pour terminer, en ce qui concerne les bâtiments religieux, il faut citer l’Eglise de Saint Siméon le Petit (San Simeone Piccolo), que tous les voyageurs connaissent bien puisqu’en sortant de la gare Santa Lucia, c’est la première construction qui s’impose à leur regard curieux. Elle est due à Scalfarotto (1718-1738).

L’influence de la grande oeuvre de Santa Maria della Salute est évidente pour l’importance de la coupole. Elle rappelle aussi l’influence des proportions palladiennes. L’ensemble est en avance sur son temps car il révèle un goût qui règnera plus tard dans le courant néo-classique.

 

Les Oeuvres publiques civiles
En ce qui concerne les oeuvres publiques civiles, il faut signaler le pavement de la Piazza San Marco qui remplace le pavement de briques rouges en chevrons datant de 1264. L’artiste Tirali lui substitue une pierre des collines de trachyte gris. Les bandeaux de marbre blanc de Carrare qui le décorent sont d’un élégant dessin.

La place offrait ainsi un aspect solennel dans sa rigueur géométrique. Auparavant Tirali avait achevé en 1722 le pavement et la décoration de la Piazetta dei Léoncini (place des Lions) à l’aile nord de la Basilique Saint Marc, dans un goût néo-classique d’équilibre rigoureux.

La Fenice
Enfin, aux toutes dernières années du 18e siècle, en 1792, peu avant la chute de la République, fut inauguré le plus grand théâtre de Venise, la Fenice, dont la construction avait été confiée à Gianantonio Selva.

La façade, il faut bien le constater était d’une architecture pauvre et mal proportionnée qui a survécu aux reconstructions suivantes dues aux incendies de 1830 et de 1996.

La décoration de la salle était d’une grande richesse dans des encadrements dorés et ses sculptures de bois et de stuc. Elle a été reconstruite à l’identique, autant que faire se peut.
Les derniers palais sont construits ou reconstruits. La Ca’ Diego (1710-1720) par l’architecte Tirali, dont c’est une des premières oeuvres vénitiennes. Le palais est dans le quartier du Cannaregio, il a deux étages fort élevés. Le module des fenêtres très allongé est attenué par les frontons et des impostes.

Ca’ Corner della Regina
La Ca’ Corner della Regina fut construite entre 1724 et 1727 par Domenico Rossi dont ce fut la dernière oeuvre. Le palais appartenait à Caterina Cornaro, reine de Chypre, veuve de Jacques de Lusignan, régente, qui avait remis ses Etats à la Sérénissime (sous la menace). L’entrée, originale dans sa distribution est sur le Grand Canal. Sur la façade se mêlent des réminiscences baroques des Ca’ Pesaro et Ca’ Rezzonico avec des éléments déjà néo-classiques. A l’intérieur, Rossi a coupé les deux portegos très longs des étages nobles par des arcs surbaissés très décorés.

Palazzo Grassi
Le Palazzo Grassi est une somptueuse demeure de 1748, qui fait face sur le Grand Canal à la Ca’ Rezzonico. Le bâtiment est disposé autour d’une large cour carrée délimitée par une haute colonne dorique en forme de déambulatoire sur les quatre côtés. C’est un plan qui s’éloigne considéralement du plan vénitien habituel.

En ce qui concerne les maisons à usage locatif on peut signaler celles qui se trouvent sur le Rio delle Burchielle, tout à fait à l’ouest, à Santa Croce, formant un centre résidentiel. Les corps de bâtiments suivent les deux côtés d’un rectangle entre deux canaux et les fondamente (quais). L’espace libre comprend deux files de petits jardins privés.
Ces maisons appartenaient aux propriétaires des « burchielle » barques de louage qui reliaient Venise à la terre ferme.

A la fin du 18e siècle, les troupes françaises révolutionnaires sont à Venise. Objet d’un échange entre Bonaparte et l’Empire d’Autriche, la cité en dépit de sa neutralité passe en 1798 sous la domination de l’Autriche. Elle essaie de reprendre son importance maritime mais en 1805, lors de la paix de Presbourg elle tombe entre les mains de l’Empereur Napoléon.

Conformément aux accords, ces années auraient dû être consacrées à des réalisations importantes; endiguement du fleuve Brenta, travaux portuaires, création d’un port franc à la petite île de Saint Georges, protection des industries verrières de Murano.

Le blocus continental annule tout effet bénéfique prévu et Venise connaît la plus grande récession de son économie insulaire. Ses navires marchands sont démodés. Nombre de familles patriciennes connaissent une ruine rapide, le marché immobilier s’éffondre.

L’administration napoléonienne liquide les avoirs des organismes communaux, des scuolas, des particuliers. Les ordres religieux supprimés perdent leurs biens et leurs archives. La ville perd une partie de ses habitants.

Cependant l’administration française réalise quelques apports positifs. Le cadastre est révisé, la carte de la lagune est relevée. La population est alors estimée à 109.000 habitants, le nombre des palais et maisons à 20.967. On compte 5.230 magasins, 3.400 entrepôts, 602 jardins, 177 citernes publiques et 1.864 citernes privées.

La construction des digues est commencée. Elle sera poursuivie par les Autrichiens, puis par le gouvernement italien.

Cinquante ans d’épreuves attendent les vénitiens de la classe moyenne qui se révèlera durant les évènements de 1848-1849 et se ranimera pour constituer une élite intellectuelle.

Les nouveaux aménagements envisagés dans le plan des frères Combatti prévoient une grande place à laquelle aboutira la voie ferrée franchissant le pont de 3 km 500 conçu par les ingénieurs Duodo et Meduna (1838).

La victoire sur l’Autriche de la Prusse alliée de l’Italie à Sadowa (1866) donnera Venise et la Vénétie à l’Italie, par l’entremise de Napoléon III.

C’est alors que l’activité économique pourra reprendre et se traduire par des réalisations techniques, ports, gares maritimes.

Quelques palais sont reconstruits ou rénovés en usant des styles du passé comme expression encore valable à condition de les interpréter selon les goûts nouveaux mais en respectant les caractères gothiques, dans des intentions scénographiques.

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