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L’Art de la Mosaïque

L’Art de la Mosaïque

Les mosaïques que l’on peut admirer à Torcello au nord de la lagune, et à Venise, ont été exécutées en majeure partie par les artistes de Ravenne, ville prestigieuse d’Italie qui fut sous la domination de Byzance pendant plus de deux cents ans (526-751).

mosaique5L’héritage du savoir -faire des mosaïstes ravennates remontait à la Grèce où avait été mise au point la première technique des petits galets naturels blancs, beiges et gris.

Dès le 6e siècle avant J.-C. la mosaïque à base de tesselles cubiques s’impose dans les territoires hellénistiques, en Campanie, région de Neapolis (Naples) et en Anatolie (future Turquie) où elle devient d’un usage décoratif courant dans des villes prestigieuses comme Ephèse, Milet.

Les Romains reprirent la technique des tesselles taillées à leur compte et donnèrent à la mosaïque une valeur artistique par des compositions savantes inspirées surtout de scènes mythologiques.

Au premier siècle après J.-C. apparaît la mosaïque murale après celle des pavements et des sols. Les murs, les voûtes, des panneaux entiers se couvrent de mosaïques.

A l’avènement du christianisme l’essor fut considérable dans les églises et tous les bâtiments religieux. Byzance, puis Ravenne donnèrent à cet art ses lettres de noblesse et le portèrent en quelques siècles à son apogée.

Au 4e siècle l’art de la mosaïque est celui de l’expression par la couleur.
Les bleus profonds, les violets, les rouges, les jaunes d’or sont les plus employés. Le Christ est au centre de l’oeuvre, assis sur un trône, entouré des apôtres figés. Les attitudes sont hiératiques, les gestes répétitifs. Le fond de l’oeuvre est souvent bleu sombre. Les plis des vêtements sont raidis et semblent pesants. Le Christ est montré les yeux fixes, un bras levé vers le royaume de Dieu.

mosaique_3C’est au 6e siècle que Ravenne apporte des modifications qui conduisent à la définition d’un grand style artistique.

Les nefs des églises dans leur partie supérieure sont couvertes de mosaïques figurant des cortèges en procession, des défilés rythmés. Les silhouettes sont plus élancées – les visages présentent des légères variantes – ils ne sont plus uniformes. Les regards cessent d’être inexpressifs, les yeux se tournent intensément vers l’Eternel.

Pendant la crise iconoclaste, au début du 8e siècle où la figuration des icones et des images saintes est interdite, étant jugée idolâtre, la plupart des mosaïques sont détruites ou disparaissent sous les marbres. Les fresques sont recouvertes de graffitis.

Mais de cette absence d’imagerie religieuse naîtra un art profane délicieux utilisant les thèmes champêtres, les scènes de chasse, de pêche, de la vie quotidienne.

Vers 880, après cette crise, la mosaïque reprend son essor. Elle prouve magnifiquement à Sainte Sophie de Constantinople (ancienne Byzance), dans une composition exceptionnelle du Christ, une ornementation de style oriental très chargé.

Les visages évoluent vers toutes les nuances de l’expression, modelés par des contrastes d‘ombre et de lumière, des attitudes de grâce et de tendresse. On va d’une déperdition du sacré vers une approche de l’humain. L’humilité se substitue à la grandeur sévère. Les plis des vêtements sont rhytmés, plus amples, plus détaillés.

mosaique_4Aux 11 et 12e siècles, la profusion des oeuvres d’art s’étend de Constantinople à Venise.

En ce qui concerne la lagune, au temps des premiers noyaux urbains, c’est bien entendu l’architecture et la mosaïque qui sont au début des manifestations de l’Art Vénitien.

Dans l‘île de Torcello, les réalisations des artistes ravennates, d’inspiration byzantine, donnent une oeuvre des plus importantes : la cathédrale Santa Maria Assunta, fondée très vite, en 639, agrandie en 824, puis remaniée aux 11e et 14e siècles.

Sa mosaïque la plus célèbre, le Jugement dernier, qui orne le revers de la façade, plus tardive, (11e et 12e siècles) est exécutée par des ouvriers et des verriers qui travaillent parallèlement à la Basilique San Marco à Venise.

 

mosaique2Le travail de la mosaïque
C’est en démolissant, pour les restaurer, certaines mosaïques romaines, qu’une observation attentive a permis de reconstituer les différentes phases de la réalisation.

Les sols et les murs étaient préparés par deux enduits successifs de ciment formé de chaux et de marbre pilé.

La première couche servait à colmater les irrégularités des surfaces, et les nivelait.

Le deuxième enduit de ciment plus fin recevait les cubes d’émail et de verre.

Les cubes se posaient sur la surface humide faisant office de colle. Une surface enduite corespondait au temps de travail d’une journée.

La composition iconographique était d’abord peinte par le mosaïste, qui ne pouvait négliger aucun détail pour l’exécution de toutes les nuances du canevas.

Le dessin lui-même était préparé à partir d’une maquette d’atelier. Les cubes, ou tesselles, étaient appliqués par pression pour adhérer au mortier frais. Ils étaient taillés en légers biseaux pour une implantation plus solide.

Les tesselles étaient d’émail coloré dans la masse par des oxydes métalliques mélangés à la pâte de verre, sauf pour les cubes d’or et d’argent que l’on recouvrait d’une mince feuille d’or ou d’argent sous une couche de verre.

On taillait également les tesselles dans le marbre, la nacre, les pierres semi-précieuses.

La gamme des tons n’était pas très variée, car on ne cherchait pas à imiter la peinture. L’objectif était l’harmonie de l’ensemble de la mosaïque.

Dans la technique que les Romains appelaient opus tesselatum les petits cubes avaient généralement un centimètre de côté.

La méthode dite opus vermiculatum était d’une facture très fine, les fragments de dimension très réduite ne dépassaient pas un ou deux millimètres de côté afin de résoudre brillamment les problèmes de la continuité des lignes des dessins, des couleurs et des nuances.

La richesse des détails était alors inouïe et permettait d’atteindre le chef-d’oeuvre d’unité.

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