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Le Lido de Venise

Le Lido de Venise
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Les remparts extérieurs de Venise sont constitués par des lidos (lidi en italien) qui ont donné naissance à la lagune.

Ce sont des îles étirées dont le cordon fragile est la seule défense de la ville contre la colère de la mer. Dans les textes anciens relatifs à la gestion de la cité, figure l’expression « enceinte sacrée de la patrie » , ce qui montre bien l’importance de cette incertaine barrière naturelle pour le devenir de Venise. C’étaient des terres maraîchères et de chasse. Les faucons des Doges y étaient dressés, on s’y entraînait au tir à l’arbalète. On y faisait cantonner les soldats, jusqu’à 30.000, pendant que se préparaient les navires et les équipements.

Rares sont les ports qui peuvent se souvenir d’un aussi grand passé. Les milliers de galions et de galères ont fait route vers l’orient en franchissant la passe vers l’Adriatique.

bains

Le mot « lido » , désigne les îles broussailleuses qui bordent la lagune mais désigne tout aussi bien la plage de sable.

L’île, qui fait face à Venise, s’étend sur douze kilomètres de long, pour environ trois à quatre de large. La principale entrée de la lagune est celle qui dessert Venise. C’est « il porto di Lido » protégé par deux longues jetées s’ouvrant sur la mer.

Durant huit siècles les Doges célébrèrent à cet endroit « les épousailles de la Sérénissime avec la mer, en signe d’éternelle domination ».

San Nicolo
Près du Porto, se trouve la superbe église San Nicolo, au campanile baroque, qui servit de tour de guet et de phare. Les stalles sculptées du choeur sont d’une très belle facture (1635). On peut voir aussi deux colonnes subsistant de la première église du 6e siècle.

Dans la même rue on aperçoit le fort San Andrea (16e siècle).

Au bout de la Via Cipro, le cimetière ombragé où reposent les juifs vénitiens est plein de charme. Le poète Goethe venait y rêver.

Et pourtant les touristes disent qu’au Lido il n’y a pas grand chose à voir. C’est parce que l’île est devenue l’image du farniente (faire rien) à la plage, des promenades à vélo, de la circulation démente des voitures, des autobus, des taxis.

Boutiques alléchantes, restaurants coûteux, hôtels luxueux, casinos somptueux, nigth-clubs à la clientèle illustre, lumières aveuglantes. Celà tout à côté d’une ville médiévale où l’on s’emploie amoureusement à conserver les traces du passé prestigieux, sans faire injure à sa beauté.

Les vénitiens se plaisent beaucoup au Lido car ils préfèrent vivre dans le confort moderne. On peut habiter de jolies villas couvertes de fleurs, des maisons de campagne dominant les criques ou de grands immeubles d’où l’on a une vue absolument unique sur la lagune et sur les façades historiques de Venise.

Tout le modernisme est là : hôtels, hôpitaux, terrains de golf, salles de sport, cinémas. C’est un lieu parfait de villégiature qui s’est, de surplus, démocratisé.

En 1860, du fait de l’intégration de Venise à la nation italienne, le Lido devint une des premières stations balnéaires élégantes en Europe. De cette époque fastueuse, datent les grands hôtels qui se dressent sur la promenade depuis la fin du 19e siècle.

Le Grand Hôtel des Bains, évoqué par l’écrivain Thomas Mann dans son livre « Mort à Venise » reçoit une société oisive, huppée, ravie de découvrir de nouveaux sites de voyage.

Le film de Lucchino Visconti a concrétisé l’oeuvre de Thomas Mann dans un climat spectaculairement raffiné. L’écrivain et le cinéaste ont merveilleusement rendu le cosmopolitisme mondain des voyageurs d’avant 1914-1918.

L’Hôtel Excelsior est également le symbole de la vie balnéaire, le ralliement des privilégiés des plaisirs faciles.

Le Casino Municipal qui occupe, sur le Grand Canal le Palazzo Vendramin-Calergi, est transféré au Lido à la belle saison.

Les bords de plage où se trouvent les grands hôtels sont privés, mais un passage de neuf mètres de large est autorisé. L’alignement traditionnel et coloré des parasols et les délicieuses cabines de bain numérotées et louées à la saison ou à la semaine, donnent une note des plus gaiement sophistiquée.

L’île du Lido est devenue la rivale de la vieille cité, par la passion des gens du 20e siècle pour les bains de mer et de soleil, les jeux de hasard, l’amour des voitures, l’amour du cinéma. Ils aiment la violence des éclairages au néon, les façades illuminées, l’animation tardive des rues. Pour eux Venise n’est qu’une escale vers ce Las Vegas méditerranéen.

On pourrait dire, en exagérant à peine, que les touristes se partagent en deux catégories. Ceux qui, résidant à Venise, sont allés au Lido et se sont jurés de ne jamais y revenir et ceux qui sont heureux de séjourner sur les plages, qui ont jeté un oeil sur la rive des Schiavoni et la Piazza San Marco en se promettant de ne jamais plus s’aventurer dans une ville déroutante par son silence, ses éclairages tamisés peu nombreux, ses ruelles obscures et sinueuses à en perdre le nord.