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Les Villas Palladiennes en Vénétie

Les Villas Palladiennes en Vénétie

La magnificence de l’oeuvre picturale de Véronèse, pour la décoration de certaines des nombreuses villas de la Vénétie, amène à relater l’histoire exceptionnelle de ces superbes constructions, où pendant plus de quatre siècles, les riches négociants aristocrates goûtèrent, non loin de Venise, un mode de vie champêtre fait de plaisirs et d’agréable farniente à la saison de l’été.

Il en existe plusieurs centaines, d’un grand intérêt, dans une région de collines boisées, entaillées par les rivières Adige, , Bacchiglione, Brenta, Piave. Elles sont situées aux alentours des villes de Vérone, Vicence, Padoue, Trévise qu’elles ont paré de leur beauté architecturale, du 15e siècle pour les plus anciennes jusqu’au 19e siècle pour les plus récentes.

En Italie, la présence des villas remonte à l’Antiquité. Dans le monde romain, la villa était à la fois maison de famille et domaine agricole en exploitation.

Au Moyen-Age, à l’époque des croisades et du monachisme religieux, la villa avait essentiellement gardé sa mission économique. Le temps n’était plus aux plaisirs champêtres.

Au 14e siècle, son attrait bucolique fut redécouvert. A la fin du 15e siècle, les familles princiéres désirent goûter un art de vivre, comme à Florence avec les Medicis, à Ferrare avec les ducs d’Este.

Leur conception s’était peu à peu modifiée. Après de modestes dimensions, elles eurent l’allure de véritables palais. L’agrément viendra avec les jardins organisés en architectures spectaculaires, avec des canaux, des jets d’eau, des cascades, ornés de sculptures, allant jusqu’à l’aménagement de grottes artificielles dans le goût du Baroque.

En Vénétie, ce fut après la conquête de la terre ferme que les Vénitiens, à la fin du 15e siècle, firent procéder au drainage et à la mise en valeur des terrains asséchés pour disposer de maisons d’été agréables, dans un cadre naturel séduisant, agrémenté de nombreux canaux et d’eaux vives.

En particulier, un canal détournant les eaux de la rivière Brenta fut agencé pour naviguer de Padoue à la lagune, en franchissant plusieurs écluses dont on dit que le projet avait été imaginé par Léonard de Vinci, deux cents ans auparavant.

On empruntait alors une luxueuse embarcation halée par des chevaux, sur une trentaine de kilomètres.

Les Belles Demeures de Vénétie
Le Président Des Brosses, magistrat et écrivain français, décrit en 1737, au cours d’un voyage, ces magnifiques maisons de campagne des nobles vénitiens, celle entre autre de la famille du Doge Pisani, aux environs de la ville de Stra, à la charmante terrasse, aux fresques peintes par Veronese et Tiepolo , qui est devenue un musée national.

Elle contient deux chapelles, une salle de concert, deux salles de théâtre, une salle de bal avec tribune de musiciens.

Ces villas sont construites en brique et en stuc, sur des lieux généralement hauts et aérés, au milieu des champs, en deux ou plusieurs bâtiments, car il faut loger le fermier qui a la charge des terres, il faut des greniers, des abris à provisions, pour le bois, il faut des étables pour le bétail, des colombiers, des celliers, des caves. Tout doit avoir belle apparence.

Les architectes satisferont les exigences de la propriété rurale et le plaisir esthétique d’une luxueuse demeure, selon des rapports harmonieux, avec agencement des parois et des vides pour jouer avec la lumière.

Ces villas ont un charme fou. Beaucoup sont noyées dans un écrin de verdure, avec jardins, pelouses, statues dans les bosquets. Elles deviennent le symbole de la richesse et du succès.

Les meilleurs architectes avaient été sollicités, comme Jacopo Sansovino, également sculpteur, qui construisit la Libreria Vecchia et l’Hôtel de la Monnaie à Venise, comme Michel Sanmicheli qui édifia le palais Grimani.

Andrea Palladio
Mais c’est surtout l’artiste-architecte Andrea Palladio qui consacra la majeure partie de son oeuvre à la construction de nombreuses villas de Vénétie.

On disait de lui qu’il était le seul à savoir construire à l’échelle de l’homme. C’était un expert d’un style attaché à l’harmonie des proportions, à la symétrie des moindres rapports, respectueux des traditions mais innovant sans cesse.

Ses villas se diversifient. Plusieurs types prédominent : la villa-bloc qui s’insère dans un cube, où se concentrent toutes les fonctions de résidence luxueuse et de ferme agricole, la villa à cour intérieure à arcades, la villa à développement large et horizontal s’étalant en plusieurs bâtiments accolés harmonieusement.

L’une des plus célèbres villas de Palladio, oeuvre de sa maturité artistique est la villa Almérico Capra, dite La Rotonda, construite à compter de 1567, sur plan carré, aux alentours de Vicence, organisée autour d’un grand salon central circulaire; une sorte de « Temple des Muses » aux quatre ailes identiques que son propriétaire avait désirée pour être un lieu de rencontre d’humanistes.

Une de ses faces donne sur les eaux du Bacchiglione. Cette délicieuse villa a été choisie par le regretté cinéaste Joseph Losey pour servir (en 1980) de cadre somptueux à son film d’opéra Don Giovanni de Mozart.

Palladio, qui était devenu conseiller architectural de Venise, était protégé par la famille patricienne Barbaro pour laquelle il construisit une magnifique villa aux alentours de la ville de Maser, près de Trévise. C’est l’exemple parfait de son art. Il voulut la parer d’un « grand éclat » et choisit, comme souvent, le site le plus commode et le plus agréable pour la saison de l’été, à flanc de coteau, avec un corps central et deux ailes aux tourelles fonctionnelles.

Véronèse accomplit pour cette magnifique demeure une de ses décorations les plus achevées.

Les deux artistes, l’architecte et le peintre, se servirent des éléments propres à la Vénétie, plus visuels que rationnels, suivant des règles de perspectives chromatiques et non géométriques.

La synthèse des deux mondes, élégant et champêtre sera parfaitement réussie. Le vocabulaire artistique sera classique mais propre à la culture vénète.

La réputation de beauté tient aux merveilleuses fresques de Véronèse, de Tiepolo également, réalisées uniquement pour le plaisir des aristocrates en mal d’évasion champêtre. Les natures mortes, les fruits, les fleurs, les instruments de musique accompagnent les dieux, les héros, les nymphes, dans une ingéniosité prodigieuse. Les paysages en trompe-l’oeil élargissent les perspectives; Les peintures complètent les volumes, les ouvrent vers les cieux. « Ce sont des opéras » estime Paul Valery.

La vie à la campagne
Le séjour d’été dans une villa est pour les vénitiens une suite de joies savourées en commun, de réceptions goûtées ensemble, de plaisirs partagés. Depuis l’heure tardive à laquelle on s’éveille jusqu’aux premières lueurs de l’aube du jour suivant, où la compagnie se sépare, ce ne sont, après la messe et le perruquier, que repas exquis, promenades à cheval ou en barque, parties de chasse, concerts, comédies, jeux d’argent, bal masqués. On lit, on déclame les poètes latins, on se balance à l’escarpolette, on pique-nique dans l’herbe en dégustant des seiches grillées, les palourdes, la polenta, ce pain de farine de maïs dont on dit qu’il est digne d’un Doge.

Les fresques sur les murs relatent ces délicieux divertissements.

Les plus vastes villas, comme celles de la famille Pisani, qui en possède une cinquantaine en Venetie, peuvent accueillir cent cinquante invités et leurs domestiques, qui séjournent durant plusieurs semaines d’affilée.

Au 18e siècle, la vie y est aussi trépidante que dans les palais de Venise.

Cet art de vivre toucha à sa fin lorsque la République vit son indépendance menacée.

Au 19e siècle, les dernières villas ne sont que des pastiches sans légèreté, construites dans un style décadent. L’art des fresques n’existe plus.

A l’arrivée des troupes françaises, elles sont laissées à l’abandon. En 1807, Napoléon Ier achète à Stra la villa Pisani à l’allure de palais, qui est maintenant le musée national.

Une autre villa est ouverte au public : La Malacontenta construite par Palladio, très proche de la lagune. Pour s’y rendre on peut utiliser la voie d’eau en naviguant comme au temps jadis sur le Burchiello.

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