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Venise et l’Aqua Alta

Venise et l’Aqua Alta

Venise connaît depuis les dernières décennies un état d’urgence. Elle subit de fortes inondations, un faible affaissement naturel dont on dit qu’il devient bien visible, elle est victime de l’accumulation des décharges toxiques, des algues qui prolifèrent; ses bâtiments sont attaqués du fait de l’érosion de la pierre. Y a-t-il des remèdes ?

Le phénomène le plus perceptible est évidemment le mouvement journalier de la mer, la marée, qui atteint souvent un mètre, phénomène pourtant très peu sensible dans le bassin méditerranéen.

Mais le fond du golfe de l’Adriatique connait un ressac, un effet de résonance agrandi plus encore lorsque souffle le vent du sud, le sirocco, ou lorsque les pluies sont fortes et augmentent le volume des eaux déversées par les rivières, dans la lagune.

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L’aqua alta envahit alors pendant des heures les parties basses de la ville; la place Saint Marc est sous quarante ou cinquante centimètres d’eau saumâtre plusieurs fois par an, pendant l’hiver notamment.

On se souvient du mois de novembre 1966, lorsque la ville fut entièrement inondée, ce qui est rare, sous 190 centimètres d’eau.  Après le retrait des eaux, on retrouva les places couvertes de vase et de détritus. L’électricité ne fonctionnait plus.

Le phénomène inverse, la secca, à marée basse, a aussi des effets néfastes. La baisse de niveau peut atteindre 120 centimètres. Les canaux sont pratiquement à sec, sauf le Grand Canal, et dans l’air de la ville flottent des odeurs d’algues et de vase.

Les spécialistes des marées sont d’avis que le niveau des mers, dont on sait qu’il varie, est actuellement en hausse et cela pour une augmentation de 1,3 millimètre par année.

Cela dure depuis le milieu du 19e siècle. On admet que la raison principale de la variation est due au climat.

Le refroidissement fait avancer les glaces polaires au détriment des océans. Au contraire un réchauffement même très faible fait fondre les glaces qui font augmenter la masse océanique.

Les spécialistes ont pû démontrer que de tels phénomènes de glaciation et de fonte des glaces polaires et des glaciers, se sont succédés de façon cyclique au cours du Moyen-Age.

Les mers auraient ensuite monté aux 15e et 16e siècles, puis baissé du 17e au milieu du 19e siècle.

Cependant il ne faut pas penser que ces mouvements d’ampleur générale ont eu une influence déterminante lors de la création de la Venise lagunaire même si sa naissance se place dans la phase de régression des glaces vers les 7e-8e siècles.
C’est plutôt un phénomène local qui a pris une grande ampleur, celui de l’affaissement du sol, sous le poids des alluvions sableuses des rivières se déversant dans la lagune.

Il faut y ajouter l’affaissement par pompage industriel des eaux souterraines; mais on a trouvé un commencement de remède en interdisant justement ces pompages qui épuisent les nappes phréatiques de la terre ferme. Cette interdiction a permis une légère remontée du sol. Les inondations sont désormais mieux contrôlées.

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Les Grandes Inondations
Même les grandes crues, celle de 1966 par exemple, qui inondent certaines places, n’ont pas le caractère de violence désastreuse que subirent les villes de l’intérieur traversées par de puissants fleuves.

En tout cas, la ville ne s’enfonce pas comme on tend à le faire croire. Le sol est ferme. Le poids énorme des édifices monumentaux, des palais, des églises, entassés sur un minimum de surface, n’entame pas le sol argileux.

Les pilotis sur lesquels reposent tous les bâtiments, font l’objet d’une surveillance constante.

L’infiltration de l’eau dans ce lacis de pieux hauts de deux mètres est combattue par des injections de ciment qui durcissent les sables durablement. Les moyens modernes de consolidation du sol protègent la ville mieux qu’autrefois.

Quant à la montée du niveau de la mer qui serait dû au réchauffement de la planète, on peut trouver dans le passé des variations d’ordre climatique qui démontrent que des mouvements inverses des eaux se sont succédé.

Des périodes glaciaires et des périodes de recul des glaces ont fait changer les niveaux des masses marines, d’une manière considérable au premier millénaire de l’ère chrétienne. Du Moyen Age à la Renaissance, et jusqu’au 19e siècle l’élévation et la régression de la mer ont alterné.

L’inondation menaçante est vécue depuis des siècles avec bonne humeur.

On la craint encore plus désastreuse, mais on se souvient qu’il y a plus de cent ans, il a fallu, avec l’aide de l’armée, intervenir pour sauver de la noyade de nombreux Vénitiens.

C’est pourquoi les habitants de ses « rues liquides » continuent à passer leurs nuits sans réel souci.

Le reflux revient vite dans les parties basses, seules visitées par la marée, sur cette illustre Piazza plusieurs fois surélevée, où la fabuleuse basilique San Marco est bien protégée de la plupart des crues.

A l’exception des boutiques de la place et de la longue rue des Mercerie, dans ces zones basses, on n’habite pas le rez-de-chaussée.

L'aqua alta de 1902

L’aqua alta de 1902

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