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Gondoles et Gondoliers

Gondoles et Gondoliers

Il y a à peine deux siècles, les patriciens de Venise donnaient une idée de leurs richesses et avoirs en faisant décorer leurs gondoles d’une manière extravagante. Ces légères embarcations qui glissent sur l’eau, sans déranger les flots, étaient couvertes de brocarts, de perles, de broderies d’or.

Des felses, qui chapeautaient les fines barques et dissimulaient les passagers à la curiosité des passants, étaient garnies d’étoffes soyeuses, de dentelles précieuses, de tapis d’orient, de coussins moelleux.

Ce goût exagéré de la décoration intentionnellement voyante eut pour conséquence un décret du Doge en 1562 interdisant d’utiliser ces frêles barques autrement que peintes en noir exclusivement, et dépouillées de tout ornement et accessoire distinctif.

Jusqu’au début de la Seconde Guerre mondiale, les patriciens et les riches commerçants de Venise, engageaient des gondoliers pour leur service personnel.

Depuis le début du 20e siècle, les gondoles ayant cédé le pas aux transports publics, les touristes et les Vénitiens préfèrent emprunter les vaporetti qui sont plus rapides et beaucoup moins chers. Pourtant la circulation de ces grandes embarcations ne facilite pas le travail des gondoliers.

Mais la tradition a défié le temps et l’on peut ainsi encore admirer aujourd’hui, sur les canaux et sur les mêmes eaux que les rapides vaporetti, les fragiles et délicates gongoles. A la grande satisfaction des touristes.

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Manoeuvrer la gondole
Apprendre à ramer n’est pas aussi facile qu’il y paraît. Il faut savoir regarder devant soi sans négliger ce qui se passe des deux côtés, crier « Avanti » , « Prémi » ou « Stai » pour indiquer, dans un croisement ou un tournant, le sens qu’on va prendre.

On dit que les cris des gondoliers impressionnèrent tellement le grand musicien Richard Wagner, qu’ils lui inspirèrent certains motifs musicaux de son opéra Tristan et Iseult.

La manœuvre de la gondole est pleine de difficultés pour le gondolier débutant. Au début, le jeune apprenti n’a aucun style. Sa proche famille qui compte souvent des générations de gondoliers, sait s’il sera doué ou s’il convient de le dissuader de poursuivre l’apprentissage.

Il faut savoir regarder devant soi sans négliger ce qui se passe des deux côtés Le système de caste, qui voulait qu’un gondolier transmette les secrets de son savoir à l’un de ses fils, a disparu depuis une vingtaine d’années.

Depuis 1980 le gondolier est sélectionné sur concours. Ces concours de recrutement sont ouverts à tous. A l’examen il faut non seulement prouver sa science de l’aviron, son sérieux pour l’entretien de la barque, mais également sa manière diligente et courtoise d’accueillir les touristes et de les aider à s’installer confortablement. Parler la langue de Shakespeare et celle de Molière est naturellement un plus.

Pendant leur apprentissage, les jeunes gondoliers doivent également travailler sur les traghetti, ces gondoles à deux rameurs traversant le Grand Canal en différents points pour permettre aux Vénitiens et aux touristes de rejoindre la rive opposée. Il s’agit d’un travail répétitif qui ne dure qu’une minute ou deux par trajet et qui rapporte peu.

L’une des ambitions du gondolier est de participer un jour au championnat annuel : gagner le concours et appartenir à une famille qui comprend des lauréats est très important. Il faut avoir la foi, disent les anciens.

La plus grande course annuelle est la Regata Storica. S’entraîner pour la gagner est un souci constant car les concurrents sont très nombreux. Aligner deux ou trois succès, classe le jeune rameur parmi les plus solides réputations. La course atteint cinq kilomètres, qu’il faut souvent parcourir en pleine chaleur.

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Une vie de Gondolier
Il est difficile dit-on pour un gondolier de nourrir sa famille. Charges élevées, crédit sur la gondole, périodes creuses, clients moins fortunés qu’autrefois. Leurs épouses, qui doivent compter, se plaignent parfois du manque de solidarité des collègues, autrefois traditionnelle.

Les épouses ne sont pas toujours des vénitiennes d’origine. Dans le passé, même récent, lorsque le romanesque attendrissait les jeunes filles, il n’était pas rare de voir une jeune étrangère se jeter au cou d’un gondolier sachant pousser la chansonnette. Certaines repartaient parfois, lassées, quelques années après.
Les revenus des gondoliers sont irréguliers. Pendant l’hiver il faut attendre longtemps le client. A la haute saison, le trajet d’une heure peut rapporter 150 euros.

Une rotation a été établie pour permettre à chacun de trouver des clients dans l’une des dix stations de la ville. Certaines stations sont plus lucratives que d’autres, celle de la Piazza San Marco par exemple.

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Une coopérative gère les problèmes de la profession. Depuis quelques années, elle doit essayer de résoudre ceux de la diminution du nombre des utilisateurs, et de la disparition des familles traditionnelles de gondoliers.

Il semble qu’autrefois les gondoliers s’intéressaient davantage à leur ville, et l’aimaient, dit-on, vraiment. Les jeunes s’entendent parfois reprocher de ne pratiquer le métier que pour le revenu qu’ils en tirent. On a pu faire à certains l’observation de rabrouer le client qui se hasarde à discuter le prix de la promenade.

Venise se dépeuple peu à peu au profit de Mestre : les touristes de plus en plus nombreux font monter les prix de l’immobilier. Les boutiques de souvenirs se multiplient au détriment des petits artisans. De plus en plus de jeunes vénitiens sont tentés de s’installer sur la terre ferme. L’avenir du gondolier est incertain.

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