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Corleone, une petite ville trop tranquille

Corleone, une petite ville trop tranquille

La célébrité de la petite ville de Corleone, dans la province de Palerme, lui vient à la fois de son statut historique de lieu de naissance de la mafia sicilienne, la « Cosa Nostra » de sinistre réputation, que de son nom, utilisé par Mario Puzo comme patronyme du personnage de son roman, «le Parrain» , mis en scène en 1972 par Francis Ford Coppola.

Le personnage principal de ce film unanimement admiré et classé en bonne position dans la liste des plus grands films de l’histoire du cinéma, s’appelait en fait, ainsi qu’on l’apprend dans le deuxième opus du la série, Vito Andolini. Né à Corleone, il se voit attribuer, encore enfant, au début du 20e siècle, le nom de sa ville natale en tant que patronyme par un agent d’immigration d’Ellis Island à New York.

Ainsi le personnage fictif de Vito Corleone popularisera-t-il le nom de cette petite commune Sicilienne par ailleurs sans grand intérêt touristique, architectural ou historique.

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Les visiteurs, les passionnés du roman de Mario Puzo ou les admirateurs de ce chef-d’œuvre du 7e art interprété par Marlon Brando et Al Pacino (dont les grands-parents maternels étaient tout de même originaires de Corleone)  qui se rendent à Corleone risquent d’être déçus en apprenant qu’aucune des scènes du film n’a été tournée dans cette petite bourgade d’à peine plus de 11 000 habitants. Cela n’empêche pas certains commerces de la ville, bars notamment, de surfer sur cette célébrité en adoptant une décoration directement inspirée du film et en diffusant à longueur de journée sa célébrissime musique originale signée Nino Rota.

Il vous faudra traverser toute la Sicile pour vous rendre sur sa côte orientale, aux environs de Taormina, afin de découvrir les lieux de tournage des scènes siciliennes du Parrain I, notamment à Savoca où furent tournées la rencontre avec la belle Apollonia, la demande en mariage, et la sortie de l’église.

A défaut de figurer dans le Parrain, la petite cité fut bel et bien un des fiefs les plus actifs de la « Cosa Nostra » dès le milieu du 20e siècle et le reste sans doute aujourd’hui. Elle fut l’un des lieux de recrutement des hommes de mains envoyés outre-Atlantique rejoindre les rangs des familles mafieuses américaines d’origine sicilienne.

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Dans cette petite ville paisible et endormie sous le soleil écrasant de l’été sicilien naquit en 1930 le « capo dei capi », le plus puissant et le plus violent des « boss » de la mafia locale, Salvatore Riina, dit Toto Riina ou encore  «la Belva », la bête sauvage, mafieux psychopathe, cruel et impitoyable responsable à lui seul de plus d’un millier d’assassinats dont quelque quarante perpétrés de sa main. Riina fut entre autres le commanditaire de l’assassinat du préfet de Palerme Carlo Della Chiesa en 1982 et de ceux des juges anti-mafia Giovanni Falcone et Paolo Borsellino, tous deux tués en 1992 à quelques mois d’intervalle l’un de l’autre.

Toto u curtu, surnommé ainsi en raison de sa petite taille, capturé en 1993 est désormais incarcéré dans un quartier de haute sécurité de la prison de Milan, tandis que son immense fortune a été en grande partie séquestrée de même que son manoir sicilien.

A Corleone naquit aussi, en 1933, celui qui allait devenir le bras droit de Riina, puis son successeur après l’incarcération de ce dernier : Bernardo Provenzano. Chef extrêmement puissant, vivant dans la clandestinité, dirigeant son empire du fond de vieilles bergeries sans jamais communiquer par d’autres moyens que des petits morceaux de papier manuscrits, il fit l’objet d’une traque longue et difficile de la part de la section anti-mafia de la police de Palerme. Traque d’autant plus complexe que Provenzano bénéficiait de soutiens administratifs et politiques, et qu’en outre personne ne connaissant plus son visage actuel, il fallut se contenter de portraits-robots réalisés en « vieillissant » sur ordinateur une de ses photos de jeunesse. Provenzano fut finalement arrêté en 2006 au terme d’une incroyable traque longue de huit années, dans un ancien bâtiment de ferme à moins de trois kilomètres au sud de Corleone.

Aujourd’hui, bien que la « Cosa Nostra » n’ait sans doute pas disparu, la ville tente de rénover son image avec la mise en place d’un programme intitulé « Corleone, capitale mondiale de la légalité ».

On y trouve le Centre International de Documentation sur la Mafia et sur le Mouvement Antimafia, regroupant un grand nombre de documents concernant les maxi-procès des chefs historiques et sur le travail des juges Falcone et Borsellino qui ont payé de leur vie leur lutte acharnée et courageuse à l’encontre de « la pieuvre ».

Corleone, une série TV
Pour en savoir plus sur l’histoire de la mafia à Corleone nous ne pouvons que vous conseiller de regarder la mini-série en 6 épisodes intitulée Il Capo dei Capi (le Chef des Chefs en français). Une série datant de 2007 retraçant la montée en puissance du Capo dei Capi, Toto Riina, de son enfance jusqu’à son arrestation. Edifiant ! La série est diffusée en intégralité et en français (pas de VOSTFR malheureusement) sur le service de Vidéos en ligne Dailymotion).

 

Comment se rendre à Corleone
Au départ de Palerme il vous faudra compter plus ou moins 75 minutes pour rejoindre Corleone, quel que soit le trajet choisi. Le plus simple est d’emprunter à la sortie de Palerme l’autoroute E90 vers Bagheria puis la route SS 118.
Pour ceux qui se rendraient à Corleone à partir de Monreale, en passant par San Giuseppe Jato, il est bon de savoir que la route SP 4 est gravement endommagée par endroits et peu recommandée à défaut d’avoir un véhicule tout terrain.
La Strada Provinciale 4 non loin de Corleone

La Strada Provinciale 4 non loin de Corleone

 

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