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Le Doge de Venise
Les deux Foscari - Francesco Hayez

Le Doge de Venise

Le Doge fut élu d’abord par tous les membres de la population. Mais dès 1171 le rôle du peuple est réduit.

Il n’élit plus que les onze membres d’une commission électorale qui participe, avec la classe nobiliaire à la désignation d’un doge.

En 1268, le choix des onze électeurs par l’Arengo (assemblée du peuple) est supprimé. Cette prérogative pourtant réduite, est définitivement et officiellement abolie en 1423.
Le Doge Leonardo Loredan par Bellini (détail) – National Gallery, Londres
Que restera-t-il au peuple comme participation à l’élection du doge ? Uniquement la faveur de l’acclamer, de participer à la liesse générale l’accompagnant de sa demeure privée à ses appartements au Palazzo ducal.

Le terme de « commune » est alors vidé de son sens. La classe nobiliaire dirigeante a obtenu que le peuple soit exclu de toute action politique et soit réduit au silence. Contrairement à l’importance de ses titres et du cérémonial qui l’entoure, le Doge n’a qu’une fonction symbolique.

Il n’a pas de rôle personnel. Toutes les précautions sont prises à cet égard. Il est prisonnier de sa fonction d’apparat.

Il est élu à vie, mais sa charge n’est pas héréditaire. Elle n’a rien de sacré. Son élection n’est pas possible avant l’âge de 60 ans. Il n’est qu’ « une ombre de roi« .

Il n’a aucun contact avec les représentants de l’Eglise ni avec les Ambassades.

Il ne peut ouvrir par lui-même un document officiel. Un grand nombre de cérémonies sont à sa charge personnelle ainsi que les frais d’entretien du palais. Il lui faut donc une fortune personnelle très importante, ce qui joue lors de l’élection.

De nombreuses charges lui incombent. Il préside à peu près tous les conseils mais n’a pas le droit de vote. Il siège tous les jours. Ses propositions sont examinées avant tout autre.

Son fils aîné, son frère aîné, peuvent entrer au Sénat mais n’ont pas le droit de voter. Ses proches familiaux n’ont aucune charge personnelle ni à Venise ni à l’étranger.

Il visite toutes les magistratures municipales, il prend connaissance de tous les bilans financiers sans pouvoir apporter de modification ni de critique. Il se rend à l’Arsenal tous les trimestres.

Il n’a pas de vie privée, ses appartements ne sont qu’une suite de salons de réception. Il ne sort qu’entouré d’un cortège rituel.

Dès son entrée en charge, il prend connaissance de l’engagement solennel d’agir dans la loi, de tout faire pour le profit de l’Etat, de ne pas dépasser les limites de ses attributions. C’est le « Promissio » qui lui est rappelé officiellement chaque année à compter de 1577.

Le Doge exerce sa fonction dans un climat constant de méfiance. La raison en est que, choisi dans la haute société des familles patriciennes, il conserve une grande influence par sa connaissance de tous les secrets, et par les alliances matrimoniales des membres de sa famille.

Les complots existent, nés de la jalousie, de l’ambition et des rivalités, qui entraînent des drames réglés parfois dans le sang. Les punitions peuvent aller jusqu’aux supplices.

Le Doge Marino Falier, élu en 1354, fomenta avec l’aide du peuple, une insurrection contre le gouvernement des patriciens, fut arrêté et exécuté.

Pour amoindrir les dangers, une coalition se forme, en 1414, entre seize familles nobles afin que le Doge appartienne toujours à l’une d’entre elles. Cet accord tiendra jusqu’à 1612. Certaines familles auront jusqu’à huit doges en deux cents ans.

Lire : Venise, une Cité-Etat et L’aristocratie Vénitienne

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