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Le Théâtre Vénitien au 18e Siècle

Le Théâtre Vénitien au 18e Siècle

Au 18e siècle, Venise en comptait set théâtre. Deux d’opéra, deux d’opéra comique et trois de comédie, sans compter les petits théâtres particuliers et les théâtres de marionnettes dans les palais les théâtres ambulants à tréteaux sur les places.

Dès la fin du 18e siècle, le nombre des théâtres se multiplie à Venise, pour une raison économique qui touche au négoce. Le commerce maritime perd de son importance du fait de la conquête par les Turcs des possessions vénitiennes et du fait de la perte des monopoles.

Les négociants n’ayant plus la nécessité d’être en mer, sur leurs navires, s’intéressent à d’autres activités et même à des « petites utilités » plutôt que de laisser leur fortune improductive.

La création et la gestion de théâtres fréquentés par une population gourmande de tous les plaisirs présentent, pour la classe patricienne cultivée et humaniste, un intérêt qui sera à la fois une reconversion économique et l’épanouissement d’un goût culturel.

En ce qui concerne la musique, le talent de Monteverdi, entre autres, avait abouti à la naissance d’opéras vénitiens avec Rinuccini. Le chant, l’opéra quasi permanents étaient aussi parmi les attraits majeurs de Venise.
En gérant des théâtres, le noble vénitien prolonge son activité d’entrepreneur, pour compenser le grand commerce qui disparait.

Comme il n’y a pas de théâtres publics installés par la République, même pas d’opéra, alors que le goût du lyrique triomphe en Italie, chez un peuple qui aime le rêve, les familles nobles vont tout d’abord acquérir quelques vieux édifices ruinés ou menacés d’écroulement, au hasard, dans différents quartiers, pour aménager des théâtres privés.

Puis on acquiert des terrains à bâtir, mieux placés, et même l’on s’associe pour la construction de grandes salles. Plusieurs aristocrates s’associeront à la fin du 18e siècle pour la création de la Fenice.

Au 17e siècle, la famille Grimani, de vieille souche, fait bâtir trois théâtres, dont celui où oeuvrera Goldoni, le théâtre San Samuele. Les théâtres portaient alors le nom du saint de la paroisse.

Le théâtre à l’italienne
Les théâtres, selon leur hauteur, avaient quatre ou cinq rangées de loges, en étages « à l’italienne ». Les propriétaires avaient le bénéfice de la location des loges, qui étaient de bon rapport. Les loges pouvaient également être achetées, et donc revendues, par un office de courtiers.

La gestion du théâtre était confiée à un entrepreneur. Il y avait aussi un imprésario chargé du choix des oeuvres du répertoire, du recrutement des acteurs et des chanteurs.

Les compagnies d’acteurs obtenaient des contrats qui assuraient pour chacun sa part sur les bénéfices.

Les acteurs professionnels avaient des emplois fixés selon les rôles habituellement tenus : amoureuse, coquette, vieillard, serviteur, confident, traitre.

L’engagement d’un acteur ou d’une ballerine était une affaire d’Etat qui pouvait remonter jusqu’au Palais des Doges.

L’exploitation économique des salles était rationnellement définie. Elle dépendait du prix des places, peu élevé, et de la périodicité du renouvellement du répertoire.

Les théâtres restaient ouverts tout le temps du carnaval. Ils jouaient tous les soirs. On disait que les gens y passaient leur vie « heureux d’être tous ensemble et mieux qu’à l’église ».

Une vingtaine de séances d’affilée correspondait à un très grand succès. Une nouvelle pièce était un évènement. Les auteurs étaient sollicités pour une production rapide. Aussi le plagiat était-il chose courante et nécessaire. Tout était copié, pillé, traduit. Les livrets d’opéra-bouffe et même d’opéra, les tragédies, les comédies s’inspiraient du moindre événement.

Le respect de la propriété littéraire n’existait pas. Goldoni s’en plaignait. Mais la production ne pouvait connaître de temps mort. Les auteurs menaient une compétition farouche. La guerre littéraire opposait deux écritures : la comédie de caractère et la comédie dramatique et larmoyante. Même pour le répertoire lyrique, cette concurrence existait entre l’opéra et l’opéra-bouffe.

Les rivalités des théâtres suscitaient deux courants qui partageaient la ville en deux camps hostiles, jusqu’aux artisans, les boutiquiers, pêcheurs, gondoliers et toute la plèbe qui en arrivaient à se livrer bataille.

Certains théâtres pouvaient se trouver en déficit car les charges étaient lourdes : salaires des acteurs, des musiciens, des machinistes, des costumiers, l’entretien des locaux et l’éclairage aux chandelles.

Le gouvernement de la République imposait alors le versement d’une caution à chaque nouvelle production.

La situation financière variait avec les saisons qui étaient au nombre de trois: une courte saison en automne, une longue saison au Carnaval et une troisième à l’Ascension.

L’essentiel était de produire du nouveau pour ce peuple qui était artiste, qui aimait le rêve et l’univers merveilleux que seul le théâtre pouvait lui donner.

Le nouveau théâtre
La réforme se fera sans heurt. La physionomie de la Venise renaissante ne pouvait être complète sans le théâtre rénové, parce qu’elle est le rendez-vous des artistes et des érudits au 18e siècle.

Goldoni sait que le théâtre est la littérature des gens qui ne lisent pas. Il va les séduire en gardant la légèreté de l’enfance, l’âme et le coeur sans fiel. Son bon sens le conduit à une réalité autrement plus riche que les rôles des faiseurs de canevas usés. A la fiction, à la convention, à l’artifice il oppose la vérité, la nature, la vie.

Sa verve prodigieuse contribue à enrichir pleinement l’apport littéraire que Venise fait rayonner dans toute l’Italie.

Il invente les décors qui s’intègrent à l’action, il met en scène tout un monde évoluant à la maison, au café, à l’atelier, à la campagne. Les rires, les larmes se mêlent. Il n’y a plus de masques.

Voltaire félicite Goldoni d’avoir libéré la scène de ses Arlequins et Scaramouches et d’avoir fait du théâtre un précieux miroir de l’époque. Venise y est présente avec ses places bruyantes, ses ponts, ses marchés, sa Piazza.

La célèbre cité est au centre de l’oeuvre de Goldoni, elle en a le principal rôle, avec ses bourgeoises élégantes, ses commères, les paysans, les oisifs, les beaux esprits, dans sa radieuse vérité.

La nouvelle image de Venise se répand dans toute l’Europe.

Mais lassés des critiques incessantes de Gozzi, Goldoni et son épouse s’expatrient et s’installent en France. Goldoni en ignore les moeurs et la langue, mais déclare qu’après tout il n’a que cinquante trois ans. Il est sans inquiétude, il a tout à apprendre.

Invité par la comédie italienne de Paris, il a immédiatement une situation stable.

Il mène dans cette ville le même combat contre la tradition des masques. Bientôt ses comédies sont écrites en français et sont tout aussi excellentes. Sa pièce « le Bourru bienfaisant » est acceptée par la Comédie Française en 1771, pleine de naturel et de fraîcheur, elle est un véritable succès.

La Dauphine, belle fille du Roi Louis XV le fait nommer maître d’italien de « Mesdames royales« , filles du monarque, mais il n’a qu’une petite pension, ses émoluments n’ayant pas été fixés par suite de plusieurs deuils dans la famille du Roi. Il est ensuite nommé maître d’italien de Mesdames soeurs de Louis XVI.

Comme il est menacé de cécité il remet ses fonctions et rentre à Paris. Pendant la Révolution, il vit dans une grande pauvreté, toutes les pensions ayant été supprimées. Il meurt dans une extrême misère à 86 ans, la veille du jour où sa pension était rétablie.

Il a raconté sa vie au long de ses mémoires qui eurent la réputation d’être aussi amusantes que ses comédies, où tout finissait pour le mieux, où tout s’arrangeait par miracle.

Actuellement, il est toujours joué à Paris à la Comédie Italienne, comme à Venise au Théâtre Goldoni. Son buste, à Paris, est dans le jardin de l’Evêché, près Notre Dame.

Et au 19e siècle..
Notamment sous l’occupation autrichienne, après le rayonnement de nombreux artistes et musiciens, la richesse culturelle de Venise perd sa vitalité. Le souffle créateur s’épuise. Les bals, les concerts, les représentations théâtrales disparaissent. Presque tous les théâtres ferment.

Cependant la Fenice qui a été édifiée par Selva juste avant la fin de la République en 1790-1792 et qui a été reconstruite après un incendie de 1836 continue d’assurer ses représentations d’oeuvres de grand opéra, de Rossini, de Puccini, de Bellini, de Verdi, qui feront sa réputation internationale. Des bals y sont donnés, ainsi que des ballets romantiques où s’illustrent de grandes ballerines comme la célèbre Taglioni. Les théâtres de San Moise, de San Benedetto, continueront aussi leur activité.

Le San Chrisostomo deviendra le Théâtre Malibran qui est toujours en fonction au 21e siècle, comme La Fenice et le Théâtre Goldoni.

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