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Les « Scuole » de Venise

Les « Scuole » de Venise

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le terme de scuola, à Venise, n’a rien à voir avec l’organisation scolaire. Quand on parcourt la ville, certains édifices à noble façade attirent le regard, bien qu’ils ne soient ni palais, ni églises.

Il s’agit des sièges d‘institutions caritatives laïques qui ont eu, pendant des siècles un rôle éminent, en exerçant dans la cité un pouvoir et une influence qui n’ont existé nulle part ailleurs, en Italie, du moins à ce niveau de notoriété institutionnelle.

Naissance des Confréries 
C’est au 13e siècle qu’apparaissent à Venise des confréries relevant d’un mouvement médiéval de pénitents, mais qui ne pratiquaient nullement l’exercice de la pénitence corporelle.

Les Confréries étaient des corporations professionnelles de certains métiers, des associations populaires regroupant des étrangers venant d’un même pays, comme les Dalmates, les Albanais, des confréries religieuses attachées à chaque paroisse, des organisations charitables pour des actions de bienfaisance et de secours mutuel envers les pauvres, les démunis, les orphelins, les enfants illégitimes, les filles méritantes que l’on dotait pour les éloigner de la prostitution.

Ces Confréries se réunissaient pour prier en commun. Elles fournissaient des fonds à des oeuvres, finançaient les messes pour les malades, les agonisants, les défunts, et pour les péchés du monde.

scuola san giovanni

Leurs biens considérables permettaient de remplir les obligations capitales et de les financer en vue de s’assurer d’un au-delà, accordé par la clémence divine.

Leurs patrimoines fonciers profitaient aux adeptes.

Les Associations étaient régies par des membres d’origine bourgeoise dont le rôle compensait un pouvoir politique auquel ils ne pouvaient prétendre, n’étant pas issus de la noblesse. Leurs habits officiels rappelaient ceux des membres des conseils du Doge.

Les scuole les plus grandes comptaient plus de cinq mille affiliés. Les contributions étaient fixées relativement à la fortune des adhérents.

Il y avait à Venise une dizaine de scuole qui, chacune vénérait un saint patron. Le saint avait sa statue au siège de l’Institution; des oeuvres picturales illustraient sa vie. Les membres principaux de l’Association y avaient aussi leurs portraits.

L’édifice-siège comprenait des salles luxueusement décorées, une chapelle, parfois un hospice. La construction était toujours à peu près la même : une grande salle d’accueil au rez-de-chaussée reliée à celle du premier étage, la sala del Capitolo, par un escalier à grand développement.

La salle de l’Albergo, pour la réunion des dirigeants était aussi au premier étage. Les oeuvres picturales de toiles et murales relataient la vie du Christ, de la Vierge, et du saint patron protecteur.

On y menait un grand train de vie.

Les scuolas (scuole en italien) jouèrent un rôle important de mécénat. Les grands architectes rivalisèrent de projets somptueux. Lombardo, Codussi, Sansovino signèrent de grandes réalisations.

Les plus grands artistes affrontèrent les concours pour avoir l’honneur d’y créer des chefs d’oeuvre : Tintoret, Carpaccio, Bellini, Titien, Veronese.

C’est Napoléon qui en 1806, supprima ces institutions de bienfaisance. Toutefois, quelques unes d’entre elles ont pu conserver leurs magnifiques décors originels.

La scuola grande dei Carmini
La scuola grande dei Carmini, proche de l’église Santa Maria del Carmelo, date des 16-17e siècles. C’est la plus récente des scuole.

Ses deux façades sont de Longhena, sobres avec des ornementations délicates, aux colonnes étroites.

Scuola dei Carmini

De grande popularité elle compta jusqu’à 75.000 membres. Elle survécut à l’interdiction napoléonienne, et à l’occupation autrichienne.

La salle supérieure est ornée de neuf toiles de Giovanni-Baptista Tiepolo, ayant trait à l’intercession de la Vierge pour la paix.

Au cours de ces dernières années, le Comité américain a assuré la restauration de l’édifice et des oeuvres.

La scuola San Giorgio degli Schiavoni
La scuola San Giorgio degli Schiavoni a été fondée en 1451 par les slaves de la colonie Dalmate de Venise qui se faisaient principalement recruter comme rameurs des galères dans la marine de guerre et marchande.

Le but charitable de la confrérie concernait l’aide aux nécessiteux, malades, orphelins, avec messes pour les morts.

Les saints protecteurs en étaient Saint Georges, Saint Jérôme et Saint Tryphon.

L’édifice est assez simple de façade, il date du 15e siècle, construit par Giovanni de Zan.

L’intérieur est absolument remarquable par l’ensemble de la dizaine de tableaux commandés à Vittorio Carpaccio, pour le premier étage et déplacés au 17e siècle vers le rez-de-chaussée.

Il s’agit des épisodes de la vie de Saint-Georges et de Saint Jérôme d’origine dalmate tous les deux, ainsi que de la Nuit du Christ au Mont des Oliviers.

Il faut citer le remarquable Saint Georges tuant le dragon qui terrorisait Tripoli, et le Saint Georges baptisant les Gentils.

Egalement Saint Jérôme se retirant au monastère avec son lion ramené du désert et surtout la vision de Saint Augustin entendant Saint Jérôme lui annoncer sa mort sous l’oeil étonné de l’adorable petit chien frisé dont les visiteurs s’éprennent avec attendrissement, car chez ce peintre le sacré et le profane se conjuguent sans cesse.

Suite : La scuola grande di San Rocco

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