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Tintoret, le fougueux

Tintoret, le fougueux

Jacopo di Robusti eut pour surnom Tintoretto parce que son père était teinturier à Venise. En France, on l’appelait Tintoret.

tintoret_autoportraitOn ne lui connaît pas de maître de peinture attitré. Il s’initia sur des artistes de seconde importance, comme Schiavone. Il était entré très jeune à l’atelier de Titien et y était resté sept ans. Mais une incompatibilité les avait séparés. Ce peintre a presque exclusivement travaillé à Venise à l’exception des commandes du seigneur Gonzague de Mantoue.

Son style fut rapidement fougueux. On l’appelait « Furioso« . La recherche de ses narrations picturales se dirigea vite vers le dramatique. Il suivit le courant baroque, dans une aspiration au maniérisme. La lumière devint l’élément de base de son langage.

Il ouvre son propre atelier à 21 ans, en 1539. A trente ans, il a trouvé son style. Il utilise des coloris accentués, des détails de scènes fortement campés, des personnages nettement dégagés des fonds, avec des contrastes violents, des architectures en force, théâtrales et rythmées.

En 1545, il reste quelques temps à Rome pour s’exercer sur les dessins très nombreux de Michel Ange.

En 1550, il épouse Faustina de Vescovi qui lui donnera de nombreux enfants. Trois d’entre eux, dont une fille, seront peintres.

Il faut préciser qu’à Venise, au temps de la Renaissance, les commandes étaient nombreuses. La peinture était devenue une entreprise familiale.

tintoret_san_roccoChaque peintre était le maître, l’inspirateur d’un atelier dans lequel travaillaient frères, fils, filles, gendres, et apprentis.

Cette organisation augmenta la production et permit notamment à Tintoret de couvrir une très grande superficie de murs et de toiles.

Pour citer d’autres artistes, il faut noter que Giovanni Bellini et Titien produisirent des centaines de portraits dans leurs ateliers. Chaque église, chaque monastère regorgeait de chefs-d’oeuvre.

Ce n’est que vers 1560, que les toiles de Tintoret, qui atteint l’âge de quarante ans, deviennent plus sereines, sans violence, sans contrastes forts des formes et des fonds. Il se rapproche en cela de Véronèse. Son dynamisme est contrôlé, dans une source d’inspiration qui influencera plus tard Rubens et Delacroix.

Il est de plus en plus apprécié. Il accepte une commande pour l’église de la Madonna del Orto (où il repose). Le sujet est l’Adoration du Veau d’Or, commande pour laquelle il demande une faible rémunération.
Il habite, dans le quartier où se trouve cette église, une maison achetée par son gendre.

Pour l’église de la Madonna del Orto, il donne aussi, la Présentation de la Vierge au Temple, et le Retable de Sainte Agnès.

Mais l’oeuvre immense qu’il laissera à l’art vénitien, concerne presque exclusivement les deux scuolas de San Marco et de San Rocco, le Palais des Doges et Saint Georges Majeur.

C’est la raison pour laquelle les musées européens et des Etats-Unis n’ont pu acquérir que très peu d’oeuvres.

En 1548, la confrérie de la Scuola di San Marco lui demande Le Miracle de l’Esclave, oeuvre de forte conception qui est au Musée de l’Académie à Venise.

De 1562 à 1566, pour la scuola, il exécute les épisodes de la Vie de Saint Marc.

La Scuola di San Rocco
Les grandes commandes officielles arrivent. La confrérie de la Scuola San Rocco, vouée à Saint Roch de Montpellier désire une série de toiles pour le choeur de l’église et lance un concours auquel participent Veronese, Salviati, Zuccari et Tintoret.

tintoret_roch_gloireAlors que les autres artistes commencent leurs esquisses, Tintoret peint directement, sans travaux préparatoires un Saint Roch en Gloire, qui le place en situation privilégiée. Le concours est annulé. Le peintre se voit confier toute la décoration du premier étage de la scuola.

Il réalisera alors le plus grand de ses ensembles décoratifs comprenant plus de cinquante peintures, une véritable bible, ancien et nouveau Testaments.
La scuola San Rocco fut sa peinture intense. Il y travaille seul, sans le concours de son atelier. Les compositions grandioses furent toutes des chefs-d’oeuvres. Les personnages sont irradiants. Les détails de la Nature semblent s’incendier.

Tintoret travaille sept ans à l’église et onze ans à la scuola; rien ne surpassera l’oeuvre de la décoration de San Rocco, dans sa sensibilié méditative et sa spiritualité religieuse; une réalisation gigantesque dont on a dit qu’elle était la Chapelle Sixtine de Venise.

Le peintre percevait pour ses travaux une rente annuelle considérable de 100.000 ducats d’or. Il était devenu en 1566 membre de la confrérie.

tintoret_marcAu Palais des Doges
En ce qui concerne le Palais des Doges, Tintoret réalisa deux grandes compositions, La Bataille de Lépante pour la salle du Grand Conseil, qui disparaîtra lors de l’incendie de 1577 et, en 1588, l’oeuvre gigantesque sur toile Le Paradis, sur le mur du trône ducal de cette même salle du Grand Conseil.

La toile atteint 22 mètres de long sur sept mètres de hauteur. C’est l’apothéose de composition avec foule de saints, d’anges, de bienheureux, assistant au couronnement de la Vierge.

La distribution des ombres et des lumières contribue à créer une impression inégalée de profondeur.

L’oeuvre est terminée six ans après, en 1594, année de sa mort. On peut voir au Louvre, à Paris, l’esquisse de ce puissant ouvrage, l’un des plus grands du monde.

Pour la salle du Collège, Tintoret peint différents Doges agenouillés devant des saints.

Pour la salle de l’Anticollège il peint quatre toiles sur les thèmes de Bacchus et Ariane, les Forges de Vulcain, Mercure et les Grâces, Minerve et le Dieu Mars.

Pour la salle du Sénat le peintre exécute, pour le plafond, une Puissance Maritime de Venise.

Pour autant Tintoret n’interrompt pas ses travaux à la Scuola di San Rocco, pas plus que ses peintures relatives à l’histoire des Gonzague du duché de Mantoue et ses projets de travaux de mosaïque pour la Basilique San Marco.

Saint Georges Majeur
En 1592, il commence à peindre les toiles de la grande église palladienne de Saint Georges Majeur, au nombre desquelles figurent la Récolte de la Manne, la Dernière Cène, la Mise au Tombeau, la Tentation du Christ, le Martyre de Saint Etienne.

Les ombres et les lumières créent sur les toiles des visions fantasmagoriques.

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Il y travaille jusqu’à sa mort, le 31 mai 1594 après avoir accompli une oeuvre considérable, plus de 500 toiles et tableaux.

Disparaît ainsi un peintre passionné de son art, d’une sensibilité tragique et mystique.

C’est un des plus grands achèvements de l’histoire vénitienne de la peinture.

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